Alexandre Paringaux
Photographe

Saint-Dizier. Pour beaucoup ce nom sonne comme une invitation au rêve … supersonique. Base de l'armée de l'Air (BA 113), le terrain de la Haute-Marne héberge aussi l'aéro-club du Robinson. C'est là qu'Alexandre, dès l'âge de 14 ans, commence à donner libre cours à sa passion. L'école terminée, il file voir ses chers avions vrombir, rouler, décoller et fendre l'air. Pourtant, il ne songe pas à devenir pilote. Ce genre de « sport » ne lui paraît pas accessible. Et puis l'adolescent ne se sent pas fait pour les études longues. Pour l'heure, les mécanos de l'aéro-club lui ouvrent les portes des ateliers et lui font découvrir les coulisses d'un monde fascinant. Lorsque sa mère lui offre son premier modèle réduit d'avion radio-commandé, Alexandre s'immerge de plus en plus profondément dans un nouvel univers. « A ce moment-là, je n'avais pas d'idée précise de ce qu'allait m'offrir l'aéronautique. Je me laissais porter par les évènements et m'efforçais surtout de me faire accepter par les gens de l'aéro-club » se souvient Alexandre. Une rencontre décisive au cours d'un meeting, un beau jour de 1983, va accélérer le cours des choses. L'adjudant-chef Bernard Mariette, pilote de chasse sur Jaguar à la base aérienne 113, prend Alexandre sous son aile.

Non seulement le pilote sympathise avec ce « gamin » curieux et enthousiaste, mais il lui met son premier appareil photo « reflex » dans les mains. Photographe lui-même, l'adjudant-chef Mariette déclenche, malgré lui, la mise à feu de la « fusée Paringaux »… Alexandre poursuit sa formation de mécanicien ajusteur-tourneur-fraiseur. Désormais, sa vie s'articule totalement autour de ces heures passées à l'école et sur le terrain de Saint-Dizier. Ses « maîtres » en mécanique avion, entre deux séances de démontage, lui donnent l'occasion de voler. Planeurs et Piper « Cub » J3 n'ont bientôt plus de secrets pour Alex. Surtout, le garçon rapporte de ses escapades dans les nuages ses premiers clichés. Entre la BA 113 et les salles de cours de l'école, ses photos circulent. De cette période, il retient l'une des leçons les plus marquantes de sa vie. « J'ai appris la patience et une certaine forme d'humilité, celle qui donne de la valeur aux choses et fixe les idées sur le chemin à parcourir avant d'atteindre son objectif », confie-t-il.

Alexandre dit adieu à l'enfance en intégrant l'armée de l'Air où il effectue son service national entre 1986 et 1988. Par chance, il parvient à rejoindre les forces françaises du Pacifique et passe deux ans sur la base aérienne de Nouméa-Tontouta en Nouvelle-Calédonie. Sept mois après son arrivée, il obtient de remplir des missions de photographe en plus de sa spécialité de pompier militaire. « C'est là que j'ai réellement commencé à exercer mon métier », reconnaît Alex. À bord des Guardian, Transall et autres Alouette III, il accumule les heures de vol et boucle ses premiers reportages entre la Nouvelle-Calédonie, les îles Wanuatou et l'Australie.
Le retour à la vie civile l'éloigne quelques mois de son rêve. Mais le processus est enclenché. Moins de deux plus tard, au sortir d’un contrat de photographe au Parlement européen, il effectue un stage dans une agence (il n'y apprend hélas pas grand chose !), y reste dix-huit mois et décide, en 1990, de voler de ses propres ailes. La mise en orbite, via l'acquisition de son statut de réserviste de l'armée de l'Air et grâce à la bienveillance de quelques cadres militaires, (les colonels Tilly, Paimbault et Goutz). Aboutit en 1996 à la sortie du premier livre d'Alexandre sur ses fonds propres, le règne du Mirage IV. Deux après un total succès, il crée les éditions Zéphyr …
Aujourd'hui il dispose d'une photothèque de plus de 100 000 photos aéronautiques (une des plus conséquente du marché en illustration générale) et complète son champ d'action en réalisant des productions vidéo pour le compte des armées et d'industriels.

L'élaboration
d'une campagne photographique









Le photographe organise ses campagnes tour à tour à partir d'idées personnelles et de commandes issues des services de l'Etat ou d'entreprises.
Dans les deux cas, la première préoccupation consiste à établir le contact avec le responsable de la communication ou des relations publiques.

C'est à partir de cette première rencontre que tous les aspects thématiques, logistiques et réglementaires vont être cernés et étudiés. Bien souvent, la qualité de la relation humaine qui s'établit alors conditionne largement le succès attendu d'une campagne photo.

A tous les stades de l'exécution du projet, c'est encore cette dimension humaine qui, neuf fois sur dix, permettra d'atteindre les objectifs visés, voire les dépasser. Un exemple ? Pour réaliser une photo comme celle publiée dans le livre « Le Porte-Avions Foch » où Alex a mis en scène trois aéronefs (deux Crusader et le Rafale), il aura fallu :
-Négocier le quatrième avion (celui où se tient le photographe, en l'occurrence un Alpha Jet du C.E.V.).
-Etablir un scénario de vol aussi détaillé que possible (mieux vaut faire preuve d'un peu d'imagination !).

C'est là que la complicité nouée avec les équipages auparavant revêt une importance capitale.

-Respecter la sécurité des vols
-Se briefer de façon précise avec les équipages des quatre appareils en respectant le scénario prévu.
-Respecter un timing à la minute près.
-Croire en sa bonne étoile (gare aux pannes avant le décollage, surtout si aucun « spare »* (avion de remplacement) n'est disponible !).
-La suite procède d'un ensemble de gestes et de techniques dont voici les principales :
-Rejoindre l'avion 45 mn avant tout le monde afin de vérifier le matériel photo, y compris le nombre de films emportés.
-Procéder au nettoyage de la verrière.
-S'installer à bord avec l'aide du mécanicien puis s'accorder de longues minutes de concentration en se remémorant le plan d'action (on parle du story board) avec une pensée permanente pour la sécurité des vols (attention aux coups de genoux sur le manche à balais et aux poignées d'éjection situées entre les cuisses et sur le haut du siège).

En vol, tout se passe comme prévu : les gaz à fond, les pilotes et leurs machines donnent le meilleur d'eux-mêmes. Pour le photographe, tout se précipite. Chaque geste doit être exécuté sans hâte…

Et même lorsque l'on croit avoir pensé à tout, un paramètre non contrôlable se rappelle bien souvent à votre souvenir. Dans le cas de cette photo, le déclin rapide du soleil n'aura pas manqué de presser un peu tout le monde, ajoutant encore un peu de stress à tous les acteurs de la scène …